Les Angennes sont une très grande famille noble dont les origines remontent pour le moins au XIVe siècle. Elle tire son nom de la terre d’Angennes, paroisse de Brezolles au pays Thimerais dans le Perche. Elle compte parmi ses membres, nombre de conseillers du Roi, de présidents de parlements, de grands dignitaires ecclésiastiques ou de militaires.

Sa branche principale, les Angennes de Rambouillet s’est implantée dans l’ouest parisien à partir de 1384. C’est par une branche cadette, celle des Angennes de Poigny que la seigneurie de Messy entre dans le patrimoine de la famille des Angennes.

La seigneurie de Messy entre dans les possessions de la branche des Angennes de Poigny à la suite du mariage de Charles d’Angennes (1619-1666) avec Françoise de Faucon de Ris (1626-1660) dont le père Claude est seigneur de Blancafort et chatelain de Messy. Cette seigneurie de Messy ne concerne en réalité qu’une partie de la paroisse pour 1/3 environ de celle-ci. En effet, les 2/3 restants avaient été donnés en fief aux bénédictins de l’abbaye royale de St Denis, en 775, par le roi Charlemagne.

Armoiries des Angennes-de Maintenon

Vient ensuite Joseph (1653-1687) qui a pour unique fils Charles, mais ce dernier meurt sans descendance en 1709, à la bataille de Malplaquet. Comme il est le dernier descendant de la lignée des comtes des Angennes de Poigny, les biens de cette famille sont passés à une autre branche cadette ; celle des Angennes de Maintenon.

Le fief de Maintenon est entré dans les possessions de la famille d’Angennes dès 1526, à la suite du mariage de Jacques d’Angennes, seigneur de Rambouillet et d’Isabeau de Cotereau, dame de Maintenon. Il en ressortira deux siècles plus tard.

Au XVIIIe siècle, Françoise-Hélène d’Angennes (1722-1802) se trouve bénéficier d’un prodigieux héritage qui, s’il ne comprend plus Maintenon, revendu dans l’intervalle, comprend néanmoins de très riches possessions : elle a ainsi hérité de bien d’autres terres et châteaux, acquis au gré des alliances et des successions de ses ancêtres : parmi les plus illustres citons le comté de Poigny, celui de Tremblay-sur-Mauldre sans omettre l’hôtel particulier des Angennes situé rue de Varennes à Paris (à côté du futur hôtel de Matignon !). La partie laïque de la seigneurie de Messy est loin d’être la plus importante, mais ses fermes sont d’un excellent rapport.

Son grand-père Charles François (1648-1691) eut une vie des plus aventureuses : il a été ainsi successivement corsaire pour le compte du roi Louis XIV, flibustier, gouverneur de l’Ile de Marie-Galante, négrier et propriétaire planteur sur l’ile de la Martinique!

Surtout, ayant besoin de disponibilités pour faire fructifier son négoce dans les iles, c’est lui qui revend le 27 décembre 1674, le château familial de Maintenon, pour 240.000 livres, à Françoise d’Aubigné, alors gouvernante des enfants du roi Louis XIV. C’est ainsi qu’elle devint « Marquise de Maintenon », un titre plus honorable que celui de « veuve Scarron » ceci, quelques années avant son remariage en 1683, avec le roi Soleil.

Gabriel, fils de Charles François (le corsaire) vend, en 1714, les terres de la Martinique dont il a hérité. Il s’installe au château de Sissone (Aisne) et c’est là que nait Françoise-Hélène, la quatrième de ses 5 enfants. Ses sœurs et frères décèdent cependant prématurément.

Eglise de Messy

Françoise-Hélène a eu une longue vie, confortable et sans soucis : elle meurt sans s’être ni mariée ni avoir eu d’enfant, à l’âge respectable de 80 ans.

En 1774, elle a cependant à se plaindre des villageois de Messy qui ont entrepris de construire une école sur le devant de leur église, sur une terre lui appartenant et sans solliciter son accord. Mais le litige fut réglé de bien noble façon….

ADSM77-série E 1593

 

 

Elle a gardé en sa possession toute sa vie durant, les terres dont elle a hérité et notamment, la partie laïque de la seigneurie de Messy ; une ancienne cloche de l’église du village, porte mention du fait qu’elle s’en est portée marraine en 1782.

N’ayant pas émigré pendant la Révolution, elle n’a pas non plus à souffrir de réquisition sur ses biens (ceci à l’inverse d’autres familles nobles des environs telles les Polignac de Claye ou les Pons Saint-Maurice de Gressy qui ont dû fuir à l’étranger dès l’été 1789). Tout au plus a-t-elle eu à justifier, auprès des autorités, du fait qu’elle n’a pas quitté la France ; déjà âgée, elle demeure en effet, essentiellement en son hôtel particulier de la rue de Varennes.

A son décès, c’est un lointain neveu de 20 ans son cadet : Charles Olivier de Saint Georges de Verac 1743-1828), issu lui aussi d’une grande famille de la noblesse qui hérite de l’ensemble de ses biens. Au travers de ses mémoires, il semble avoir témoigné d’une affection réelle pour sa grande tante…

Les biens des Angennes vont rester ensuite, mais pour trois générations seulement, dans la famille des Saint Georges de Vérac. Ils passent ensuite à la faveur d’héritages successifs dans différentes familles apparentées, toutes aussi fortunées et illustres les unes que les autres : la famille des Rouillé de Boissy puis celle des Rohan-Chabot et celle des Murat notamment….

Mais tout cela est matière à bien d’autres histoires qui feront l’objet d’autres articles à paraitre dans nos prochaines revues. Tout ce qui est dit ici, concernant l’illustre famille des Angennes est déjà détaillé de façon plus complète, dans un article de notre journal CLIO de l’année 2024.

                                                                                                                                                  Alain Pérez