C’est en 1749, la 6ème année du règne effectif de Louis XV, que le 8 septembre de cette même année, vient au monde, à Paris, Yolande Gabrielle Martine de Polastron. Son père, Jean-François Gabriel comte de Polastron, Baron de St Michel, Seigneur de St André Laurac Labarthe.est aussi gouverneur pour le roi des villes et châteaux de Castillon et Castillonet sur Dordogne, colonel d’infanterie du régiment de la couronne, chevalier de l’ordre royal et militaire de St Louis. La famille de Polastron est très anciennement implantée en Guyenne.
Madame de Polastron a quelques biens personnels : elle possède, à Paris, quatre maisons se joignant à l’encoignure du quai de l’horloge, du palais et de la place dauphine, une autre maison au Marais, et quelques rentes et sources diverses.
Yolande de Polastron épouse Jules de Polignac le 7 juillet 1767, à Paris, dans l’église St Sulpice. Les contrats de mariage sont signés en présence et avec l’agrément du Roi qui signe le contrat.
Les nouveaux époux s’installent au château de Claye en Brie, en Seine-et-Marne, à cinq lieues de Paris sur la route de Meaux. Le château comprend quatre corps de bâtiment formant presque un carré autour d’une cour centrale, flanquée de tour ronde aux quatre coins, séparés de beaux jardins à la française par des douves profondes inondées. On y accède par une poterne, encadrée par deux tours, à droite des écuries. C’est ce lieu qui a vu naître Jules de Polignac et dans lequel il a passé son enfance.
Après ce mariage, la Reine continue à combler son amie Yolande de tous les égards. Dès l’année 1775, elle est admise aux honneurs de la cour qui permet d’assister au bal de la Reine. En 1779, Marie-Antoinette donne naissance à un enfant, Madame de Polignac assiste aux couches de la Reine scellant encore plus leurs amitiés.
Les soins dont madame de Polignac a entouré les couches de la Reine, rendent plus vive encore, si c’est possible, l’amitié qui unit les deux femmes.
Les deux jeunes femmes vont jusqu’à partager une rougeole prise par la Reine auprès de Madame de Polignac et qui prive Marie-Antoinette de la société de son amie. Pendant la convalescence de Madame de Polignac dans son château de Claye, la Reine fait la sienne, à Versailles où elle passe trois semaines à Trianon.
Madame de Polignac se rend à Spa pour prendre les eaux, la Reine est fort peinée de l’absence de son amie.
Marie-Antoinette séjourne souvent à la Muette pour être à la portée de la Duchesse de Polignac.
La reine charge Madame de Polignac « gouvernante des enfants de France », ce qui bouleverse sa vie.
Mais les évènements se précipitent. C’est la Révolution.
Les bruits de la foule en colère, arrivent aux oreilles de Marie Antoinette qui est horrifiée et envoie chercher Monsieur et Madame de Polignac ; c’est le 16 juillet 1789, à 8 h du soir. Le Duc et la Duchesse se rendent aussitôt chez elle pressentant le pire. Marie-Antoinette est en larmes, elle les supplie de partir sans attente, cette nuit même, ils s’y refusent obstinément. La Reine expose inutilement le danger qui menace son amie. Yolande courageuse et sensible ne voit que ceux de la Reine qu’elle veut partager. Marie Antoinette ne sachant pas comment la convaincre et tremblant de voir retarder son départ, dit dans un torrent de larmes, le Roi va demain à Paris si on lui demandait ? Je crains tout, au nom de notre amitié partez. La Reine demande au Roi : Monsieur veuillez m’aider à persuader ses honnêtes gens et ses fidèles amis qu’ils doivent nous quitter.
Louis XVI exhorte les Polignac à suivre ce conseil. Le Duc de Polignac est muni de faux papiers, d’un passeport signé de la main du Roi. Il a pris le nom d’un négociant de Bâle. Auprès de lui, torturée de chagrin, Yolande veille sur Guichette (sa fille) qui a accouché d’un garçon une semaine plus tôt. L’abbé de Balivière accompagne les proscrits. Ils n’ont ni bagage ni femme de chambre. Yolande possède deux chemises et quelques mouchoirs pas d’autres vêtements que ceux qu’ils ont sur le corps. Ils fuient la fureur populaire. Leurs cœurs sont déchirés de l’affreuse pensée qu’ils ont laissé leur souverain entouré de leurs plus cruels ennemis ; l’obéissance leur parait, à ce moment, un manque de fidélité et de dévouement. La Duchesse perdant le calme qui lui est naturel se trouble, se reproche d’avoir abandonné les augustes enfants.
À une étape, le Duc et la Duchesse de Polignac sont reconnus par un postillon qui se tient coi et ne les dénonce pas. En effet, le bruit de la fuite des Polignac s’est répandu comme une trainée de poudre à Paris, puis dans tout le pays. On les recherche. On arrête et fouille toutes les voitures, partout la haine se manifeste contre la noblesse. Ils arrivent enfin à Sens. Puis à la poste suivante le postillon monte sur le marchepied et dit à Yolande, Madame il y a encore d’honnêtes gens dans ce pays, je vous ai reconnu à Sens. II est gratifié d’une poignée d’or et part aussitôt à Versailles rassurer Marie-Antoinette. Les Polignac traversent le pays sans s’arrêter juste pour manger.
Ils se sont munis d’assez de pain et de vin pour trois jours et trois nuits. Le dimanche après-midi, le Duc et les siens arrivent à Porrentruy sains et saufs à la borne qui sépare la France de la Suisse. Arrivés à Bâle la famille est hébergée à l’hôtel du Sauvage par l’abbé Balivien qui les a précédés. Après être restée dix jours à Bâle, la petite colonie Polignac passe une journée chez le chevalier de Rolles.
Le séjour de Madame de Polignac en Suisse n’aura duré que deux mois. Le Duc désire éloigner encore Yolande de ses persécuteurs. Le temps s’est dégradé ses derniers jours le Duc choisit, en Italie, la ville de Turin. Puis les Polignac décident de passer l’hiver à Rome. Ensuite la famille se regroupe à Venise, à la Villa Carpenedo.
En 1791, les Polignac arrivent à Vienne. Les évènements de l’été 1792 marque le début de la maladie de Yolande qui va l’amener doucement à l’épuisement fatale. La Duchesse de Polignac trépasse dans la nuit du 4 au 5 décembre 1793 (cinquante jours après l’exécution de Marie-Antoinette), elle avait 44 ans. Elle est morte de chagrin.
Lieu de son inhumation inconnue.
ANECDOTE du 28 novembre 1778
La Reine continue ses visites chez Madame de Polignac à Claye. Sa Majesté voulait y coucher mais le Roi ne l’a pas permis. Elle en est revenue à 4 heures du matin, car sa voiture a cassé à Sèvres et elle a été obligée de continuer sa route à pied jusqu’à Versailles.
LETTRES DE MARIE-ANTOINETTE A LA DUCHESSE DE POLIGNAC
« On m’assure que la voie par laquelle cette lettre vous arrivera est sûre. Je peux donc vous dire, mon cher cœur, que je vous aime tendrement. Ma santé se soutient encore mais mon âme est accablée de peines, de chagrins et d’inquiétudes. Tous les jours, ce sont de nouveaux malheurs qu’on apprend, et le plus grand de tous pour moi est d’être séparée de tous mes amis. Je ne vois, je ne rencontre ni yeux ni cœur qui m’entendent Trop heureuse encore si je les savais tous en sûreté ! Le Hainaut, qui était tranquille, recommence à s’agiter depuis deux jours ; j’en suis inquiète, je ne sais combien ma lettre sera de temps en chemin, je ne vous dis rien des enfants. La personne qui se charge de celle-ci vous en mandera des nouvelles. Adieu mon cher cœur ; rien que la mort peut me faire cesser de vous aimer. Parlez souvent de moi à votre mari, votre fille et à Armand je les aime tous trois de toute mon âme.
Fait le 23 août 1790 »
Sources :
Marie-Antoinette telle qu’ils l’ont vue. Témoignages – Lettres – Rapports secrets – Souvenirs et confidences. Extrait du livre écrit par Madame Nathalie Colas des Francs « Madame de Polignac Intime de Marie-Antoinette »
Guy et Dominique LEFEUVRE


