Claude François COLOMBART, né en 1729, avait 62 ans lorsqu’il prête serment à la Constitution Civile du clergé. Il était premier vicaire à Notre Dame de Bonne-Nouvelle (Paris 2ème) et fut élu, le 20 février 1791 curé de St Nicolas des Champs (Paris 3ème) par 256 voix sur 379. Il succède au curé PARENT, arrêté pour avoir refusé de prêter serment à la nouvelle constitution.

 

Colombart est l’un des 22 nouveaux prêtres constitutionnels sur 33 que comptait Paris, il fut nommé électeur de l’ordre du clergé de la ville et faubourgs de Paris pour la députation aux états généraux. Etant entièrement acquis au parti révolutionnaire et comme il avait un caractère énergique, violent même, il mit tout en œuvre pour établir solidement les idées nouvelles dans sa paroisse ; c’est lui qui voulant vaincre la résistance des religieuses Franciscaines de Ste Elisabeth, excita la municipalité, dont son frère était chef de district, contre ces femmes désarmées et les mit en demeure de recevoir un aumônier envoyé par lui, ou de se disperser. Elles préférèrent sortir de leur couvent, et le père Girault leur aumônier fut dénoncé, arrêté et massacré aux Carmes.

 

En 1793, lorsqu’on abolit le culte public, Colombart reçut la visite des commissaires de la section des Granvilliers, venus se faire remettre les derniers vases sacrés laissés dans son église. Les calices et les ciboires portés sur l’inventaire furent reconnus, et l’un des gardes municipaux eut alors l’idée de les remplir de vin et de boire dedans avec ses compagnons ; puis ils invitèrent le curé à trinquer avec eux et Colombart fut assez faible pour se prêter à ces plaisanteries sacrilèges.

 

On pourrait croire qu’il avait donné assez de preuves de son attachement à la Révolution, il n’en est rien. Le 10 ventôse suivant (28 février 1794), en pleine Terreur, il était arrêté sous l’inculpation de fanatisme, sept chefs d’accusations étaient relevés contre lui :

 

/ Il a fait des invitations à ses paroissiens pour la procession de la Fête-Dieu. Il répond qu’en cela il a seulement suivi l’exemple de ses collègues… on insiste, c’était ce jour-là que les volontaires de la section partaient pour la Vendée ; en attirant ses paroissiens à l’église, il voulait les détourner de faire cortège aux braves citoyens qui allaient combattre les ennemis de la république.

 

2°/ Depuis son abdication, il a  continué à dire la messe dans une maison particulière, ce qu’il nie.

 

3°/ Il a détenu chez lui des armes qui avaient été saisies chez des émigrésil répond qu’il s’agit d’une paire de pistolets appartenant à son frère[1] et qu’en qualité de commissaire de la section, son frère avait le droit d’être armé.

 

4°/ En 1792, il a dit la messe de minuit….. Il répond que ce jour-là il était au lit malade.

5°/ Il a fait sonner les cloches, ce qui était formellement interdit…. Il le nie.

6°/ Il a été en rapport avec le nommé Cassagne[2] et pour cause, c’est l’un de ses vicaires … il répond : son vicaire Cassagne était en même temps président de la section des Gravilliers ; il n’ignore pas que le 18 juin 1793, Cassagne a dit que le Pape avait autorité sur l’église, propos pour lequel il a été suspendu de ses fonctions ; mais il ne dépendait pas de lui, d’enlever son titre à un de ses vicaires, et il était bien obligé d’avoir avec lui les relations nécessitées par le service ; mais il l’avait exclu de chez lui.

7°/ Il avait gardé chez lui ses lettres de prêtrisesa réponse est qu’il ne connaissait pas de loi l’obligeant à les remettre.

COLOMBART resta en prison sans être jugé, il en sortit le 8 frimaire AN 3 (28 novembre 1794), mais le 3 prairial (22 mai 1795) et suite à la révolution thermidorienne, il était encore une fois arrêté ; après avoir failli être victime de la Terreur, il était accusé maintenant d’avoir été leur complice. On l’inculpait ni plus ni moins de participation aux massacres de septembre, on disait que dans la nuit du 29 au 30 aout 1792, il avait siégé dans le comité qui faisait faire des perquisitions et ordonnait les arrestations…. Il répond qu’il a seulement coopéré à la recherche et à la saisie des armes chez les suspects, et n’a appris qu’il y avait eu des massacres qu’après leurs exécutions. Sans doute, il a connu et fréquenté un certain nombre d’acteurs de la Terreur, mais il ignorait alors qu’ils fussent des ennemis de la République.

On lui rappela qu’il avait bu dans les vases sacrés avec les révolutionnaires….. Il répondit que c’était là une faiblesse qu’il s’est toujours reprochée.

Son dossier contient plusieurs mémoires datés du 1er messidor, 1 et 4 fructidor AN 3.

Le 7 vendémiaire AN 4, GREGOIRE[3] qu’il avait su intéresser à sa cause, prend sa défense et insinue que les accusations portées contre lui sont un coup monté par les amis de PARENT, ancien curé de St Nicolas. Il fut remis en liberté le 27 vendémiaire AN 4 (19 octobre 1795).

Peu après, il eut à s’expliquer devant le presbytère sur sa conduite pendant la Terreur, et spécialement sur la scène révoltante qui s’était passée à la sacristie de St Nicolas des champs. « Le tribunal ecclésiastique (T.G.F.), dit le procès-verbal, est convenu du fait, qu’au lieu de manifester des sentiments de pénitence que doit inspirer une telle profanation, il a prétendu justifier sa faute….ce qui pénètre l’Assemblée de la plus profonde douleur ». En conséquence, Colombart fut déclaré indigne de reprendre les fonctions ecclésiastiques.

PARENT, l’ancien curé qui avait passé plusieurs mois en prison sous la Terreur, avait évité la guillotine grâce à ses dons faits aux gardiens : ces derniers avaient intérêt à le conserver en vie le plus longtemps possible, et malgré les menées des constitutionnels obtint d’être remis en possession de son église. Le registre des baptêmes fut rouvert le 19 octobre 1795, le jour même où Colombart sortait de prison.

Eglise d’Iverny

COLOMBART disparut quelques années ; pendant ce temps, il envoya de nombreux courriers et demandes aux autorités ecclésiastiques pour être réintégré et avoir une nouvelle cure ; ces autorités ne voulaient pas le reprendre compte tenu de ses idées révolutionnaires, il se repentit et obtint d’être réconcilié. Quelques années plus tard, le 11 février 1803, il est réintégré et nommé curé d’IVERNY : il avait 74 ans. Il laissa peu de traces de son passage dans cette commune car, un peu plus d’un an plus tard, le 1er aout 1804, il était muté à St Denis de Rebais. En 1819, il est curé de Bassevelle, où il meurt le 12 mai 1819 à l’âge de 90 ans.

 

[1] Ce frère avait été élu commissaire de la section du quartier des Gravilliers avec 6 autres personnes, le 9 août 1792 ; le premier acte régulier de ces commissaires dut être de se faire reconnaître, en montrant leurs pouvoirs, d’où une surenchère des arrestations et condamnations. Le conseil général de la commune de Paris comptait             48 sections. Après la Terreur, le frère de Colombart fut convaincu de s’être approprié la dépouille de plusieurs individus massacrés par le peuple et fut condamné à 12 ans de fers.

[2] Bien que curé constitutionnel, l’abbé Cassagne fut traduit devant le tribunal révolutionnaire pour répondre des propos qu’il avait tenus, et fut guillotiné le 2 juin 1794.

Abbé Grégoire

[3] Henri Jean Baptiste Grégoire né le 4 décembre 1750 à Vého, en Lorraine, curé et député, avait participé à la rédaction du projet de Constitution Civile du clergé. Il fut élu évêque constitutionnel de Blois et devint le chef de l’église constitutionnelle de France ; c’est lui qui fit voter l’abolition de l’esclavage le 4 décembre 1794. Il milite pour l’usage du français partout en France et pour la disparition des patois ; en 1802, élu sénateur, il tente de s’opposer au Concordat qui ramène l’église sous l’autorité du Pape. Il s’oppose à la proclamation de l’Empire ; il est le fondateur du Conservatoire des Arts et Métiers et du Bureau des Longitudes, il participe à la création de l’Institut de France dont il devient membre. Il meurt le 28 mai 1831, à Paris, quasiment dans la misère, toute pension lui ayant été retirée après son exclusion de l’assemblée. Ses cendres ont été déposées au Panthéon avec celles de Monge et de Condorcet le 12 décembre 1989.

Norbert TABESSE

 

Sources :

– A.N. ref, f 477463, f 335, f 4g45, w 433.

– A.D. de Seine et Marne

– L’église de Paris pendant la Révolution Française 1789-1801 Tome 1 d’ Odon Jean Marie Delarc.

– Histoire parlementaire de la révolution française ou journal des assemblées nationales depuis 1789 -1815 Paulin Editeur Paris 1834.

– Lenôtre, Vieilles maisons, Vieux papiers 3ème série.

– P.Pisani, l’église de Paris et la Révolution, 1909, Picard et fils Editeur à Paris

– Wikipédia : l’abbé Grégoire